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Apps / Softs · 2 octobre 2026

La nouvelle messagerie de l’UE qualifiée de « merde absolue » par ses fonctionnaires

La nouvelle messagerie de l’UE qualifiée de « merde absolue » par ses fonctionnaires


Dans sa quête d’autonomie stratégique, la Commission européenne a lancé cet été Element Pro, un outil de communication présenté comme une « solution de secours souveraine » à la plateforme américaine Teams. L’objectif est clair : garantir que les communications internes puissent se poursuivre sans interruption, même si Washington décidait un jour de couper l’accès à ses technologies. Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de souveraineté numérique, un concept devenu central à Bruxelles pour reprendre le contrôle sur les données et les systèmes informatiques du continent. En hébergeant Element Pro sur ses propres serveurs, l’institution s’assure une maîtrise totale, loin du cloud de Microsoft.

Pourquoi la Commission a-t-elle déployé cet outil controversé ?

La crainte d’une déconnexion forcée n’est pas une simple hypothèse. Un précédent notable a déjà marqué les esprits : en 2025, le procureur de la Cour pénale internationale avait perdu l’accès à sa messagerie Microsoft suite à des sanctions américaines. Au-delà des sanctions politiques, c’est le cadre juridique américain qui inquiète. Le Cloud Act de 2018 autorise en effet les autorités américaines à exiger l’accès aux données détenues par une entreprise américaine, et ce, même si ces données sont stockées en Europe.


Face à cette réalité, Microsoft France a dû admettre devant le Sénat français ne pas pouvoir garantir que des données de citoyens français ne seraient jamais transmises à Washington sans l’accord de Paris. Ce levier de pression potentiel est précisément ce que la Commission cherche à éliminer avec une solution auto-hébergée. Element Pro, avec ses appels audio et vidéo, son partage de fichiers et ses salons de discussion, est donc censé être le plan B, le filet de sécurité en cas de crise technologique majeure.

Quelles sont les critiques exactes formulées par les fonctionnaires ?

Malgré les enjeux stratégiques, l’accueil réservé à Element Pro est pour le moins glacial. Sur une messagerie interne, les critiques fusent et ne font pas dans la dentelle. Un premier agent avoue ne pas saisir « la valeur ajoutée » de l’outil, un deuxième le qualifie sans détour de « merde absolue ». Un troisième va plus loin en affirmant que, si une guerre technologique éclatait, les États-Unis « gagneraient instantanément », à en juger par la différence de performance entre les deux logiciels.

Curieusement, les détracteurs restent vagues sur les problèmes concrets : l’ergonomie est-elle en cause ? La qualité des appels est-elle médiocre ? Aucune fonction précise n’est pointée du doigt. Les critiques se concentrent sur la pertinence même du système et sa capacité à servir de véritable solution de secours. En défense, un autre fonctionnaire a rappelé que l’avantage d’Element Pro était justement d’échapper à la surveillance potentielle de « Microslop », un sobriquet pour Microsoft, en garantissant que les données restent bien en interne, contrairement à Microsoft Teams.

Teams.

Quelle est la technologie derrière Element Pro et que répond son éditeur ?

Derrière l’application se trouve Element, une société britannique qui base ses logiciels sur Matrix, un protocole ouvert et décentralisé. Cette technologie n’est pas inconnue en Europe : elle est déjà utilisée, souvent sans que les usagers le sachent, par des services comme Tchap, la messagerie de l’État français, ou BwMessenger, l’outil de l’armée allemande. L’OTAN elle-même exploite une version adaptée. L’avantage de ce socle commun est l’interopérabilité : chaque organisation garde ses serveurs, mais les messageries peuvent communiquer entre elles.

Face à la polémique, Matthew Hodgson, le patron d’Element, a tenu à calmer le jeu. Contacté par des journalistes, il a rappelé que la Commission n’en était qu’au stade de l’essai et qu’il fallait s’attendre à des « soucis de jeunesse ». Il évoque une inévitable « dissonance cognitive » lorsque l’on quitte un programme aussi massivement utilisé que Teams. Selon lui, « le changement est toujours douloureux », ne serait-ce que parce que les habitudes sont bousculées et que les « boutons » ne sont plus au même endroit. L’entreprise se dit à l’écoute de tous les retours pour accompagner au mieux cette période de transition.



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